En ce moment, impossible de ne pas s’attendrir devant les petits goélands en duvet qui peuplent nos toits et nos quais : tout gris et maladroits, ils apprennent à voler, marchent timidement dans les ruelles et se lancent dans leurs premières brasses dans les canaux. Un vrai spectacle de nature en plein cœur du port, de quoi ravir petits et grands.

Derrière ces petites boules de plumes se cachent des parents particulièrement vigilants, et parfois un brin trop protecteurs ! Les goélands adultes défendent farouchement leur progéniture. Un passant trop proche ou un plaisancier distrait peut vite se retrouver pris pour une menace. Résultat : des cris stridents, des piqués impressionnants, et parfois, mais rarement heureusement, un coup de bec bien senti qui laisse un souvenir… cuisant.

Un oiseau étonnant : de poussins vulnérables à voyageurs libres, parfois compagnons des habitants

Saviez-vous que les jeunes goélands que vous croisez en ce moment deviendront bientôt parmi les plus habiles planeurs de nos côtes ? Capables de parcourir entre 19 et 30 km en une seule sortie pour trouver de la nourriture, ils peuvent même franchir jusqu’à 150 km (voire exceptionnellement plus de 1 000 km) lors de plus longs déplacements ou de migrations.

Son cri caractéristique rythme la vie du port et rappelle à chacun qu’il fait partie intégrante du paysage maritime. Capable de pêcher, de nicher et de s’adapter à différents milieux, il est un véritable symbole de liberté et d’adaptabilité. Étonnamment, il se laisse parfois apprivoiser par certains résidents en venant les visiter chaque jour, pour leur plus grand plaisir.

Pourquoi les goélands sont-ils plus nerveux à Port‑Grimaud depuis une dizaine d’années ?

Bien que les goélands leucophées nichent à Port‑Grimaud depuis toujours, leur comportement semble être devenu plus nerveux depuis ces dix dernières années, ceci pendant la période de nidification et d’éducation des poussins (d’avril à fin juin). 

Le reste de l’année, ces oiseaux se montrent beaucoup plus calmes et discrets.

Non spécifique à Port Grimaud, car observé dans d’autres ports, ce phénomène  peut s’expliquer par plusieurs facteurs :

  1. Augmentation du nombre de couples nicheurs
    Les goélands se sont adaptés à la présence humaine et se sont installés plus nombreux sur les toits. Cette densité plus élevée entraîne une concurrence accrue pour les sites de nidification et rend certains couples plus nerveux et plus agressifs.
  2. Diminution des ressources naturelles et adaptation au mode de vie urbain
    La raréfaction de leur nourriture marine (due notamment à la surpêche) les pousse à se rapprocher des zones habitées pour trouver des déchets alimentaires plus faciles d’accès. Cela favorise des comportements opportunistes et défensifs.
  3. Apprentissage parental de la défense du nid
    Il est naturel pour les goélands parents d’apprendre à leurs poussins à se défendre contre les menaces, ce qui explique en partie le comportement nerveux observé durant la période de nidification.

Précautions à prendre pour éviter les mauvaises surprises

  • Restez attentifs près des zones de nidification : si vous entendez des cris insistants ou voyez un goéland voler en cercle au-dessus de vous, c’est qu’un nid est tout proche.
  • Évitez de nourrir les goélands : les  spécialistes expliquent que cela encourage leur présence et renforce leur agressivité.
  • Ramassez vos déchets et fermez les poubelles pour éviter qu’ils trouvent de la nourriture facilement.
  • Si un goéland vous suit en criant, agitez doucement un objet (sac, chapeau, journal) au-dessus de votre tête pour décourager un éventuel plongeon. Évitez de courir ou de crier, mais ne restez pas immobile sous le nid. Le goéland se calmera une fois que vous serez hors de sa zone de défense.
Attention au pain !
Nous, habitants des ports, ou habitués à fréquenter les canaux et les quais, aimons parfois lancer du pain aux goélands, pensant bien faire. Pourtant, ce geste peut les rendre malades et encourager des comportements agressifs. Le pain est pauvre en nutriments et peut provoquer des troubles digestifs chez ces oiseaux marins. De plus, cela les attire plus près des habitations et des bateaux, ce qui augmente la dépendance à la nourriture facile.
En bref, même si l'intention est bonne, donner du pain aux goélands leur fait plus de mal que de bien. Il est préférable de les laisser trouver leur nourriture naturellement.
Voir la Fiche LPO

Les effaroucheurs légers : la solution douce pour dissuader les attaques

Pour ceux qui vivent ou travaillent dans le port, il est possible d’opter pour  des effaroucheurs légers : rubans réfléchissants, fanions colorés, silhouettes de rapaces ou ballons effaroucheurs. Ces dispositifs visuels, sans danger pour les oiseaux, permettent de limiter les interactions agressives sans nuire aux goélands. Pour une efficacité optimale, pensez à les déplacer régulièrement afin d’éviter que les oiseaux ne s’habituent.

Vivre avec les goélands : une cohabitation nécessaire

Les goélands font partie intégrante du paysage portuaire et côtier. Ils participent au nettoyage des déchets organiques et jouent un rôle important dans la chaîne alimentaire, contribuant à l’équilibre écologique. Leur forte capacité d’adaptation aux environnements portuaires et urbains peut toutefois déséquilibrer la biodiversité locale et provoquer quelques désagréments pour les habitants. Rappelons que le goéland est une espèce protégée par la loi (Art L411-1 du Code de l’environnement), ce qui souligne l’importance d’une cohabitation respectueuse.

En tant qu’habitants de ce territoire, nous avons un rôle essentiel à jouer : en gérant nos déchets, en respectant les zones de nidification et en adoptant des comportements responsables, nous favorisons une cohabitation harmonieuse avec les goélands.

En cette période de nidification, nous avons la chance d’observer les jeunes goélands dans leurs premières acrobaties et baignades. Une saison idéale pour les amoureux de la nature et les photographes, qui pourront immortaliser ces jolis instants.

Les goélands du port : fiche naturaliste
Goéland argenté (Larus argentatus)
Taille : 55-67 cm ; envergure : 130-150 cm
Plumage : dos gris clair, tête blanche, bec jaune avec un point rouge.
Remarques : espèce la plus fréquente près des toits et des cheminées.
Goéland leucophée (Larus michahellis)
Taille : proche du goéland argenté mais légèrement plus massif.
Plumage : dos gris plus sombre, pattes souvent jaunes.
Remarques : souvent confondu avec l’argenté, il niche aussi sur les toits et se montre parfois plus hardi.
Goéland brun (Larus fuscus)
Taille : légèrement plus petit que les précédents ; dos gris foncé à noirâtre.
Remarques : plus rare, migrateur partiel (en escale sur les côtes françaises).
Important
Ces trois espèces sont protégées en France au titre de la loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature (Code de l’environnement – article L411-1). Il est interdit de les capturer, de détruire leurs nids ou œufs, ou de les perturber intentionnellement.
Fiche conseil LPO

Crédit photos : Natacha Balaÿ